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Renouvellement Titres de séjour | Salariés étrangers - Réaction de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur

 Article par Eloi Passot 12-04-2026

 Immigration : pourquoi recruter 500 vacataires pour traiter les titres de séjour ne réduira pas forcément les délais

Laurent Nunez a annoncé le prochain renforcement des effectifs dédiés aux titres de séjour. Un dispositif qui permettra surtout aux services de l’État de s’adapter à l’augmentation des flux migratoires.

Depuis son arrivée place Beauvau, Laurent Nunez a promis à plusieurs reprises qu’il ne serait pas moins ferme que Bruno Retailleau. Toutefois, l’ancien préfet de police de Paris s’est toujours montré plus modéré dans les termes (refus de faire un lien entre immigration et délinquance, « l’intégration » préférée à « l’assimilation », la « société construite sur la diversité », la peur de « stigmatiser », etc.) Cette fois, Laurent Nunez a voulu jouer la carte de la fermeté ce samedi 4 avril en revenant dans Ouest France sur les trois projets de loi qu’il défendra dans les prochaines semaines, sur la sécurité et la tranquillité du quotidien (Ripost), la police municipale, et l’acte II de la lois séparatisme. L’ancien préfet de Paris en a profité pour annoncer qu’il allait recruter« 500 vacataires » destinés à renforcer les services des préfectures dédiés au traitement des titres de séjour. Avec pour objectif affiché de réduire les délais dans des préfectures débordées par le traitement administratif de ces demandes.

Il faut dire que, dernièrement, le ministre a été pris dans une double tornade médiatique. Il a été accusé de laxisme par la droite après ses propos du 12 mars sur la non-interdiction du voile des fillettes. Puis, jeudi dernier, c’était au tour de la gauche de lui reprocher l’interdiction du rassemblement des Musulmans de France au Bourget (Seine-Saint-Denis), finalement autorisé par la justice. Pour clôturer cette houleuse séquence, Laurent Nunez a donc évoqué le recrutement de vacataires, mais renforcer les moyens de l’État ne permet pas nécessairement de réduire les flux migratoires. Le ministre de l’Intérieur pointait notamment du doigt les étrangers ayant besoin de renouveler leur titre de séjour. « Ils perdent notamment leur emploi lorsque leur titre de séjour n’est pas renouvelé dans les temps, ce que nous voulons éviter », soulignait-il.

Ce que le locataire de Beauvau ne dit pas, c’est que l’engorgement des services de l’État s’explique moins par leur manque d’efficacité que par l’accélération des flux migratoires. En 2025, la France renouvelait 955.000 titres de séjour, un chiffre en augmentation de 41% depuis 2010. « Cette hausse à tout à voir avec accélération globale de l’immigration depuis 10 ans », rappelle le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, Nicolas Pouvreau-Monti. Les chiffres sont sans appels : il y a aujourd’hui quatre millions et demi de titres de séjour en cours, soit 45%de plus qu’à l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, 71% de plus qu’en 2012, 90%de plus qu’en 2007. « C’est d’abord ce sujet-là qui crée l’embolie dans les préfectures », martèle Nicolas Pouvreau-Monti.

Le risque d’un cercle vicieux

Cet encombrement se retrouve d’ailleurs à tous les niveaux du traitement administratif et juridique de l’immigration. « Le contentieux des étrangers représente 46% des dossiers traités par les tribunaux administratifs en première instance. Le chiffre monte à 55% pour les cours administratives d’appel », cite Nicolas Pouvreau-Monti en guise d’exemple. Dans son entretien accordé à la presse régionale, Laurent Nunez annonçait par ailleurs que la durée de validité des empreintes biométriques serait portée de cinq à dix ans et que l’obligation faite aux détenteurs de titres de séjour de longue durée de déclarer leur changement d’adresse serait supprimée. « Comme si le contrôle administratif, en matière de titres de séjour, était une sorte de lourdeur dont il faudrait se délester », souligne Nicolas Pouvreau-Monti.

Sans compter que chaque allègement en matière de politique migratoire tend rendre l’Hexagone plus attrayant, par comparaison avec ses voisins, pour les migrants en route vers le Vieux continent. Enfin, dans un rapport publié l’été dernier, le Sénat relevait déjà qu’un plan de renfort de 600 personnes (ETP) avait été réalisé entre 2022 et 2024 dans les préfectures pour les services en charge de l’immigration. Un transfert de moyen logique face à une pression migratoire grandissante. Au risque de s’enfermer dans un cercle vicieux : toujours plus de moyens pour traiter des flux migratoires toujours plus importants avec, à la clé, des titres de séjour toujours plus nombreux.

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