Le lundi 16 février 2026, l’Assemblée Nationale a adopté en première lecture, la proposition de loi d’expérimentation portée par Olivia Grégoire visant à instaurer un enseignement obligatoire d’éducation à l’alimentation à l’école. De l’école primaire au lycée, ce texte engage notre pays vers une véritable culture de l’alimentation.
C’est une avancée majeure.
Former les jeunes générations au goût, à l’équilibre nutritionnel, à la saisonnalité, à la compréhension des produits, c’est préparer l’avenir. C’est reconnaître que l’alimentation n’est pas un simple acte de consommation, mais un acte culturel, économique et social.
Dans le même temps, le décret encadrant la mention « fait maison » est en cours de révision. L’objectif affiché est clair : démocratiser cette mention sans la dévoyer. Là encore, le signal est fort. Il s’agit de valoriser le travail des cuisiniers, le savoir-faire, la transformation sur place, la qualité des produits.
Le Salon de l’Agriculture vient d’ouvrir ses portes à Paris. Comme chaque année, il célèbre la production française, de la fourche à la fourchette. Il rappelle le rôle stratégique de notre agriculture, mais aussi celui de celles et ceux qui transforment, cuisinent et servent ces produits : les restaurateurs.
Éducation à l’alimentation, valorisation du fait maison, célébration de la production française : tout converge vers une même évidence. La restauration est un pilier de notre modèle alimentaire.
Mais pendant que l’on parle de transmission, de qualité et d’excellence, notre secteur vacille.
Les défaillances d’entreprises dans la restauration ont progressé de plus de 8 % en un an. Derrière ces chiffres, il y a des entrepreneurs qui ferment, des salariés qui perdent leur emploi, des territoires qui s’appauvrissent.
Et surtout, aucune mesure ne vient stopper l’hémorragie.
L’exemple des titres-restaurant est à cet égard édifiant. Depuis le dernier trimestre 2022, la part des titres-restaurant dépensés dans la restauration est passée de 46,5 % à 36,1 % fin 2025. Dix points de marché envolés. Dix points transférés vers la grande distribution depuis que la loi autorise temporairement l’usage alimentaire des titres-restaurant.
Cela représente entre 1,5 et 2 milliards d’euros qui ont quitté les tables des restaurateurs.
Comment promouvoir l’éducation au goût à l’école tout en fragilisant ceux qui font vivre ce goût au quotidien ? Comment valoriser le « fait maison » sans soutenir ceux qui le pratiquent ? Comment célébrer la production française sans défendre les établissements qui la transforment et la mettent en valeur ?
Il est temps de mettre en cohérence les discours et les actes. La restauration n’est pas un secteur accessoire. Elle est un acteur clé de l’éducation alimentaire, de l’attractivité touristique, de la vitalité des centres-villes et des territoires ruraux.
Si nous voulons que nos enfants apprennent à bien manger, encore faut-il que demain il y ait encore des restaurateurs pour leur transmettre le goût du vrai, du frais et du fait maison.
Il est temps de restaurer la restauration.
Catherine Quérard
Présidente